...en référence à un making of bien connu...
A l’image du précédent article, les derniers jours ont été tout aussi épuisants voir plus. Tous les soirs, je rentre à Noida aux alentours de 4h du matin ; je fais à peu près 15h de travail par jour et pas question en cette période brûlante de se reposer samedi et dimanche…
Mais quelle expérience !!!
Dans le dernier article, je découvrais ce que c’était que gérer une équipe. Le grand enjeu des jours suivants fût de tenir le rythme. L’Indian Art Summit commence dans le 19 et nous sommes un peu en retard sur le calendrier (mais on a encore de la marge !).
Dimanche 16
Objectifs :
-gérer les équipes de peintres
-finaliser 13 stands sur les 55
Je n’ai pas beaucoup dormis et dès le réveil je m’aperçois que mes jambes me font très mal. Je passe un petit coup d’inflammatoire et arrive à 11 h sur les lieux. Cette journée est un peu plus stressante car 13 exposants viennent prendre possession de leurs stands demain. Il faut donc que c’est derniers soit impeccables. L’autre difficulté, c’est l’encadrement des peintres qui viennent du très bas de l’échelle social indienne. Ces derniers manquent beaucoup d’éducation et sont bien plus rude avec moi que les menuisiers. Aucun peintre ne comprend les quelques mots d’anglais que j’utilise avec les carpenters, il va donc falloir ruser : Place aux gestes. Je profite du fait que mon attention soit focalisée sur 13 stands plutôt que 55, pour courir moins et surveiller plus. La fatigue se faisant bien sentir en milieu d’après midi, je commence à m’énerver face à la lenteur des ouvriers qui multiplient les pauses.
Heureusement, Zoya est toujours là pour m’épauler dans les premières heures et s’assurer que les ouvriers comprennent bien mes ordres.
En début de soirée, commence à se former ma petite team d’ « helpers » (5-6 personnes) qui me suivent partout ou je vais et qui comprennent parfaitement ma gestuelle et les quelques termes anglais que j’utilise.
Pause-diner autour de 22h à Noida, on repart vers minuit pour une mission commando : passer des chaises en contrebande ! En Inde si l’on veut passer d’un Etat à un autre avec des fournitures à usage professionnel, il faut se faire faire signer une autorisation (Je précise que Le centre d’expo et le bureau de Noida ne sont pas dans les mêmes Etats). Mais là il nous fallait absolument 4 chaises et une table ronde. Nous arrivons donc au bureau vers 00h30, on embarque le tout en 10 minutes et l’épreuve du péage autoroutier (la frontière) passe sans grande difficulté.
Le reste de la soirée est un peu plus calme, je m’occupe de contrôler la finalisation des derniers stands (taille des murs, respect du plan, fourniture, peinture…)
La journée de travail (mais cette expression a-t-elle encore un sens ?) se termine à 3h30, enfin pas totalement, puisque mon Pierre Richard Indien préféré alias « Amar, le plus malchanceux des chauffeurs » a crever son 11ème (oui j’ai compté) pneu depuis que je suis arrivé. Quand le pneu crève en pleine après midi passe encore mais ça le fait un peu moins à 3h45 du matin !
Heureusement une team d’electra india est là pour nous aider. Ils étaient entrain d’attendre des Rickshaws pour rentrer chez eux, qui évidemment, leurs proposaient des prix démentiels. Guillaume décide alors d’embarquer deux ouvriers avec nous.
Arrivé à la maison vers 4h, mes jambes commencent à s’habituer à ses langues journées de marche…plus que 2 jours avant le art summit.
Lundi 17.
Les premiers exposants sont arrivés ce matin et sont visiblement très contents du résultat. Même l’organisatrice de l’expo, ta terrible Emrita,est satisfaite.
Le rôle d’Emrita est de nous mettre la pression. Il ne faut pas se laisser piéger par ses questions volontairement bêtes et répondre rapidement. Zoya a commis quelques erreurs le 1er jour en avouant que « tout n’était pas parfait » ; Emrita en a fait son petit déjeuner et Zoya était au fond de la mine.
Elle m’a aussi questionné à de nombreuses reprises genre : « (à propos de l’avancé des travaux) Sould I be Happy or angry ? ». C’est très con dit comme ça mais il ne faut absolument pas avoir une seul seconde hésitation et se retenir d’émettre la moindre réserve même si vous pensez que cela rend plus crédible votre discours.
Les Indiens veulent entendre du « Yes, we can » ou « all is good ». Le «tout se passe bien mais ce mur là a pris un peu de retard », qui nous semble être une phrase sans gravité et bien plus sincère, peut causer votre perte !
J’ai assez bien répondu à ses questions mais je crois qu’elle est plus indulgente avec moi du fait de mon âge et puis j’ai même eu le droit à un sourire de sa part !
Sinon, La journée se passe bien pour le moment. Guillaume et Zoya sont très occupés par les exposants et je m’occupe de gérer une petite équipe de 10 personnes. L’atmosphère est très détendue et je m’autorise quelques plaisanteries avec eux. J’ai ensuite rassemblé tous les plus branleurs d’entre eux (mon chauffeur Amar compris) et leurs ai fait subir les tâches les plus inutiles mais nécessaires (enlevé les plastiques des chaises) dans la bonne humeur général.
J’ai aussi gagné un peu de cachet auprès des organisateurs en leurs fournissant plusieurs services dans des délais très brefs. Enfin, j’ai aussi copiné avec le service sécurité durant les pauses.
La nuit fût différente.
Après avoir diné à la maison seul avec Mylia, Je prends le relais de Guillaume vers 00h30 et ce dernier me confie la tâche suivante : Equiper tous les stands de placard, bureau, chaises etc. conformément aux plans.
Ça n’a l’air de rien comme ça mais j’avais une difficulté supplémentaire : tous les cadres d’électra était rentré chez eux et j’étais le seul anglophones au milieu d’une centaine Indiens à diriger. Ces derniers étaient tous très fatigués et ce type de travail, où l’erreur n’est pas permise la veille de l’arrivé d’une quarantaine d’exposants, nécessitait une attention constante de ma part.
Nous devions être en petit comité (4 « helpers » maximum) pour que je puisse équiper les stands un par un dans une coordination optimal.
La nuit fût particulièrement forte, j’étais seul, J’étais à bout d’énergie, les ouvriers était assez incontrôlable, ce fût sans conteste le moment le plus fort de ce voyage.
Au début je me suis vite énervé devant le manque d’organisation général, j’avais du mal à cacher mes larmes d’épuisement et me demandais bien vers quelle heure le calvaire allait se terminer.
J’ai mis à peu près deux heures pour trouver mon rythme. Je ne m’exprimais plus que par geste et plus la nuit avançait, plus les ouvriers prenaient le relais. J’étais arrivé au bout de mes capacités : manque de sommeil, douleur physique, nerfs en compote et l’adrénaline avait laissé place à une vision bien sombre de ces derniers jours.
J’avais accepté de ne plus avoir de vie pendant 3 jours. Je me levais, partait travailler 10h de suite, ne prenait des pauses que pour engloutir un mcdo commandé l’après midi et un plat de pâtes le soir, puis je repartais travailler jusqu’à ce que le travail soit terminé. Je revenais enfin à la maison vers 4h, puis me couchait le plus vite possible pour récupérer le plus possible.
Ça n’a rien de compliqué dit comme ça, mais mon corps à craqué cette nuit là. Je me suis littéralement perdu dans la nuit, je ne pensais plus à rien, il fallait terminer le travail.
Cette nuit s’est terminé vers 5h après un dernier contrôle des cinq halls. Je ne pense pas faire dans l’excès si je vous dis que ce fût l’épreuve physique la plus dur de ces 20 ans. Une étape était franchit, c’était la première fois que j’entrais dans un tel état.
J’espère ne pas avoir été trop confus dans la description de cette soirée.
2 ) Les photos du jours.
Elles présentent l’avancé des travaux, la penture puis les lumières et enfin l’arrivée des premières œuvres. J’ai aussi pris en photo une partie seulement des chaises que je devais distribuer dans chacun des stands.
La prochaine fois je ferai un diapo spécial œuvres d’art avec tous les tableaux, sculptures, photographies qui m’ont marqué (et il y en a beaucoup !)
3) Conclusion
Cet article est dédié à Boris, qui, suit très assidument ce blog, j’en suis évidemment honoré et nous aurons tout le temps d’en parler en septembre.
Le jour de mon départ n’est toujours pas déterminé. En gros, je serai averti 24h avant le départ. J’ai demandé au comptable de l’agence de m’avertir pour les vols du 24, 25 et 26 août.
D’ici là, « quiet time » d’Archive berce mes nuits agitées.
http://www.youtube.com/watch?v=KNa8sBQDt44
Le blog s’arrête bientôt et voici le programme :
-21 août : dernier article sur le Indian Art Summit avec un grand diaporama
-23 août : Article spécial « focus » avec tous les points sur l’Inde que je n’ai pu aborder (le cinéma, les différences nord-sud, pourquoi les indiens ont-ils les cheveux orange ?, le coût de la vie etc…
-24 (ou 25 selon le jour du départ) : Conclusion du blog
mercredi 19 août 2009
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ici delphine, et pas ton père. Tu m'excuseras, Guillaume, mais je lis à peine cet article hyper riche qui décrit ton boulot pour l'art summit. Et bien je trouve ça super, tant la manière dont tu le racontes que ce que tu racontes . I am very impressed, yes yes, it is no joke. It sounds like you have done a fucking good job ! Manager des dizaines d'indiens, ça me .... scotche (restons polie, je suis ta belle mère , certes presque jeune, mais quand même!). Bref, genial cet article ! bisou. D. NB , sinon on a vu le tarantino hier (on est le 26/08) : très moyen...et je sais ça n'a rien à voir avec la choucroute mais je me sens énorme.... vivement le débarquement, j'en ai marre! bises
RépondreSupprimerIci ton père (c'est compliqué notre cirque là, elle ne peut donc pas utiliser sa fiche D ?? Je vais faire comme Schwarzie dans total recall si ça continue, - bon faut l'avoir vu pour apprécier en même temps......).
RépondreSupprimerLe Tarantino n'est pas moyen à mon avis, il est carrément déplaisant et pas qu'un peu ! Reservoir Dogs c'était talentueux et déjà déplaisant mais les victimes et sujets de l'ambiguïté troublante de Tarentino, de son rapport joussif à l'ultraviolence, étaient des gangsters psychopathes et très cons, pas des juifs. Quand à la citation, permanente et revendiquée des 12 salopards, elle me consterne compte tenu du sujet. J'ai rarement été aussi furieux durant un film !