lundi 17 août 2009

Samedi 15, l'entrée dans le tunnel

On y est ! L’installation des stands pour l’Indian art summit débute le 15 août, pour finalement s’achever le 18, à la veille de l’ouverture au public. C’est à partir de maintenant que les choses vont s’accélérer pour moi.

Il y a deux semaines, Mylia m’avait prévenu : « Je te conseille de te préparer mentalement et physiquement pour ces 4 jours, tu risques de ne pas dormir beaucoup ». Elle avait bien raison.

Voici mon rôle : Diriger les équipes de menuisiers, peintres, éléctriciens… ; les coordonner et répondre à toutes les injonctions des clients. J’assiste Zoya ou la remplace le soir et je me renseigne régulièrement auprès de Guillaume pour prendre connaissance de mes nouveaux objectifs.

Dans les faits, en quoi ça consiste ?
L’entreprise electraevents dans laquelle je travaille a comme but l’installation complète des stands qui accueilleront les galeries du monde entier et pour cela, il faut impérativement suivre plusieurs étapes :

-Travail préparatoires, relation client, prise des commandes, impression des plans…
-Arrivée dans les locaux du IAS, on marque sur le sol, à la craie, les limites des différents stands.
-arrivée des menuisiers qui s’occupent de poser les murs.
-Les peintres prennent le relais …
-Puis c’est au tour des électriciens de fixer des spots light et d’installer les interrupteurs
-Des personnes viennent installer des meubles dans les stands
-Et d’autres fixent des panneaux à l’entrée de chaque stand.
-Enfin, une équipe, qui ne dépend pas de nous, vient installer les œuvres d’art et s’assure bien que personne n’y touche.

Gérer les différentes vagues de professions et les nombreuses équipes qui compose chacune de ces professions est un vrai travail de chef d’orchestre, pour reprendre une comparaison connue mais tellement vraie. Harmoniser le tout est extrêmement épuisant surtout lorsque l’on sait que les peintres ne peuvent pas blairer les menuisiers qui ne calculent pas les électriciens (ces métiers appartiennent à des classes différentes !).


Lundi, j’arrive sur les lieux à 13h, histoire que Zoya me passe le relais et puisse prendre sa pause, un objectif : contrôler que les ouvriers respectent bien les plans. Je passe donc plusieurs heures à courir de stand en stand (il y en a 54) pour m’assurer que les murs sont de la bonne taille, que les plans sont dans le bon sens… bref, faire preuve d’autorité devant un peu plus d’une centaine d’ouvriers, d’autant que je pars avec deux désavantages :

-Je suis plus jeune qu’eux
-Je ne sais pas parler Indhi et rare sont ceux qui comprennent l’anglais.

Les Indiens ont un grand principe, répondre « yes » à tout ce qu’on leurs dit, surtout si ils n’ont rien compris. En gros, on n’est jamais sûr que le message soit passé et que le mur sera bien peint en rouge dans l’heure qui suit.

La journée s’accélère, La chaleur est étouffante et les ouvriers multiplient les erreurs. Au bout de deux heures, je commence à me sentir très mal et prend une pause coca cola à 1/4h de l’entrepôt. De retour sur place, je continue de marcher, de négocier tel ou telle retouche, c’est épuisant. Pour me faciliter la tâche, je commence à retenir les visages des chefs de chantiers ainsi que des anglophones. Mais ce ne sont que des intermédiaires et on ne sait jamais si le message va passer.

On ne s’arrête jamais de marcher, il y a toujours une salle à vérifier, un ordre à exécuter et je sais très bien qu’à partir du moment où je me poserai sur une bâche, la douleur commencera à se faire sentir.

Les heures passent, la fatigue arrive petit à petit et je commence à me prendre les pieds dans les innombrables fils qui trainent. Et puis on finit par se rendre compte que cet ordre là, on l’a déjà répéter 6 fois à l’équipe de menuisier du hall A et que rien ne bouge. Alors on commence à s’énerver, on ne sourie plus et on demande de l’aide à un cadre quand les évènements commencent à nous échapper. La construction des murs avance très lentement mais il faut sans cesse repasser voir tel équipe pour qu’ils s’activent un peu. J’ai par ailleurs remarqué qu’à chaque fois que je pénétrai dans certains halls (D et E), il y avait toujours quelqu’un pour faire le guet et avertir ses collègues de ma venue. On ne peut pas s’arrêter car sinon, on risque de laisser amplifier des problèmes. Si je n’avais pas fait 20 fois le tour du hall B dans cette journée, aurais-je remarqué suffisamment rapidement (avant qu’ils ne fassent de grosses erreurs) que les ouvriers avaient inversé les plans des stands B12 et B13 ?

Les heures s’écoulent et on s’étonne à ne plus penser à autres choses, l’esprit se vide, on perd conscience de beaucoup de chose notamment de l’état physique.

Je suis arrivé à 13h, j’ai ensuite manger à 21h, ma vraie première pause de plus de 5 minutes. L’arrêt crée un énorme soulagement, nous repartons à la maison nous reposer trois heures et j’en profite pour poster un message sur le blog. Et puis arrive le terrible moment du départ vers minuit. On essaye de sortir de son lit mais les jambes ne répondent plus, elles tremblent et la douleur est insupportable. Mylia avait gardé de côté un inflammatoire pour que je puisse tenir le coup. L’année dernière, elle était à ma place et comprend très bien ce qui m’arrive. La crème apaise artificiellement mes douleurs et me permet de reprendre le boulot vers 00h30.

Guillaume et Zoya ne sont pas là, c’est donc à moi de diriger toutes les opérations, la cadence s’accélère, il ne faut surtout pas commettre d’erreurs avant le retour de Guillaume. Le chantier à commencer en retard, on ne peut pas se permettre de ralentir encore plus la production. Vers 2h du matin, je n’ai presque plus de souvenirs tellement je m’étais vidé l’esprit. Guillaume est rentré vers 2H30 et a procédé aux mesures de tous les stands. Pour ma part, j’étais complètement sonné et n’était plus vraiment très efficace. Et puis les évènements se sont bousculés. Deux stands avaient été construits selon des plans qui étaient en fait faux. C’est moi qui ai remarqué les invraisemblances. Totalement stressé par la situation, j’ai traversé tout l’entrepôt en courant pour aller prévenir mon patron (je précise que l’erreur était vraiment très grave et qu’il fallait à tout prix une solution ce soir là). Sur le chemin, ma jambe a fait un fait un faux mouvement et là je me suis fait très mal. Rien de très grave mais j’ai boité tout le reste de la nuit. Vers 3h30, un peu avant de partir, un chien s’est mis à me suivre partout ou j’allais, l’entrepôt était presque vide et tous les ouvriers dormaient à même le sol. L’ambiance était assez indescriptible.

Nous quittons le centre des expositions vers 4h, ce dernier est par ailleurs immense (l’indian art summit ne couvre même pas 1% de la zone) et la voiture se perd un peu. Arrivé au barrage de police, car il y en un à l’entrée du centre pour filtrer les entrées et les sorties, le policier est visiblement totalement fait et nous regarde fixement Guillaume et moi pendant 2 longues minutes avec un large sourire, avant de nous demander nos noms. Sans même regarder sur sa liste il nous laisse sortir.
Guillaume me glisse alors (une expression normande ?) : « Il est beurré comme un petit lu »
J’étais tellement fatigué que je ne me souviens plus du retour.

La journée a été éprouvante, ça ne dure que 4 jours, j’ai été engagé pour ça, c’est le prix à payer après 1 mois de glandouille au bureau.



Les photos du jour.

Elle montre surtout l’état d’avancement des travaux vers 23-4h du matin. Si je suis aussi rouge c’est à cause de la chaleur.




Conclusion :

Tout d’abord, je tiens à répondre aux questions de Boris et Pélagie :


« Comment est-ce que tu supportes la chaleur en Inde ? ».

Ici, il fait assez chaud mais pas tant que ça, autour des 35°-40°. On subit d’autant moins la chaleur que la plupart des endroits que j’ai fréquenté (maison, bureau, supermarché, voiture, hôtels) sont climatisés à mort ! Le principal risque est donc d’avoir le nez et la gorge un peu encombré en raison des fortes variations de températures. Avant de partir, j’avais fait le plein de chemises et pantalon en lin qui ne sont pas vraiment utiles au final. Cependant, dans l’entrepôt où je travaille actuellement, il n’y a pas de climatisation et je passe mon temps à marcher. Là, c’est évidemment assez insupportable mais passé la barrière des 2h sur place, on ne ressent plus vraiment cette chaleur.


« Comment est-ce que tu arrives à diriger des ouvriers ? »

J’ai en partie répondu à cette question dans l’article. Cependant pour bien me faire respecter (et ce n’est pas toujours facile) je prends un ton un peu sec et reste inflexible sur les ordres à effectuer. Quand rien ne se passe, je pratique le harcèlement en repassant par le stand toutes les 5 minutes. Et quand vraiment je sens que la communication ne passe pas, je demande de l’aide à Zoya ou à un cadre. Mais j’essaye de toujours garder le sourire au début et de ne pas oublier de les remercier à chaque fois. Mais Guilaume et Zoya m’avait prévenu : Les Indiens sont des je-m’en-foutiste en puissance et ils ne bougeront pas d’un poil tant que tu ne t’énerveras pas un peu. C’est parfois assez rude pour les nerfs de constater à quel point « ça passe par une oreille et ça ressort par l’autre », comme dirait mon père.


Je voulais aussi vous faire le résumé de la journée d’hier mais se sera pour demain je pense.


Cette article, même si pas vraiment très joyeux, est dédié à Julia qui a le même malheur que moi : être née en plein mois d’août, 3 jour après moi plus exactement. Bonne anniversaire et on se revoit pour finaliser ce fameux brulot de la rentrée littéraire 2009, bien plus attendu encore que l’autobiographie de super menteur…


D’ici là, faîtes comme moi et écouter l’intégrale de « Atom earth mother » passé 3h du matin.

3 commentaires:

  1. Est-ce que tu vas revoir le chien?
    Comment il s'appelle?

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  2. bon c'est ton frère. C'est pour savoir a quel heure exactement tu arrive a Paris

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  3. Je te souhaite bon courage et tiens le choc tu seras fiere de toi.
    Ciao

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